La dépendance de l’entreprise vis-à-vis de la Biodiversité

14 août 2010

Biodiversité

Dans des articles précédents, nous avons vu que la biodiversité était un système complexe, que l’entreprise et l’économie s’insérer dans un système plus grand, celui du monde vivant, et que l’homme et l’entreprise avaient un impact sur la biodiversité. Voyons maintenant de quelle manière l’entreprise dépend de la biodiversité.

Il est facile de montrer à quel point l’homme dépend du monde vivant : nous consommons des organismes vivant, nos habitats sont composés de matériaux issues du monde vivant, etc. Le besoin de l’entreprise saute moins au yeux. Pourtant si l’on commence par se demander d’où provient la matière première utilisée par une entreprise, l’évidence commence à apparaître.

Prenons un des exemples les plus criants et très médiatisé, les abeilles. La population mondiale d’abeilles a très fortement diminué. Les journaux en parlent, on s’inquiète, on en réinsère à Paris, on fait des pétitions : il faut sauver les abeilles ! Mais pourquoi se mobilise-t-on autant ? Et pourquoi le gouvernement et les entreprises cherchent-ils des solutions pour les abeilles plus que pour n’importe quel autre animal ? La réponse est effrayante. A elle seule, l’abeille impacte 35% de la production alimentaire mondiale. Sa disparition entrainerait non seulement, la famine dans de nombreux pays, mais également la faillite de nombreux groupes agroalimentaires. La valeur des services de l’abeille serait être estimée à 200 milliards d’US$ par an (Houdet, 2008).

Millenium ecosystem assesment (2005) a créé une typologie de tous les services que l’être humain retire gratuitement des écosystèmes. Ces services sont appelés services écosystémiques et peuvent être divisés en quatre catégories. Une liste non exhaustive, adaptée de (AssessmentMilleniumEcosystem, 2003) vous est présentée dans le Tableau qui suit. Il s’agit de services gratuits, mais qui peuvent disparaître. Et si ces services sont gratuits, en revanche leur disparition a bel et bien un coût, comme l’illustre l’exemple de l’abeille.

Liste des services écosystémiques selon le MEA

L’étude COPI, mesure ce coût, plus précisément le coût de l’inaction en matière de biodiversité et l’estime à 7% du PIB mondial pour 2050, soit environ 14000 milliards d’euros par an. De tels chiffres montrent bien l’impact de la biodiversité sur l’entreprise et l’intérêt d’un tel sujet. Alors que depuis quelque temps le management stratégique a été réduit à une stratégie à moyen ou court terme, en raison des variations extrêmement rapide de l’environnement économique, il est temps d’avoir une vision à long terme en ce qui concerne l’environnement vivant. Le principe du MEA est résumé dans ce schéma, tiré de (Houdet, 2008).

Schéma explicatif du Millenium Ecosystem Assement

Le groupe de travail de l’Orée (Houdet, 2008) a classé les branches d’activité en fonction de leur dépendance directe au monde du vivant en se référant à 4 critères :

  • Les matières premières utilisées dans la production émanant du monde vivant ;
  • La technologie utilisée émanant du monde vivant ;
  • Les impacts directs de l’activité sur le monde vivant ;
  • La part du chiffre d’affaires liée à la biodiversité.

Il a ensuite proposé un outils d’analyse multicritère : l’indicateur d’interdépendance de l’entreprise à la biodiversité (IIEB), qui est un outil d’autoévaluation pour les entreprises, par les entreprises, comprenant 23 critères, que vous pouvez trouvé dans l’encadré en fin de l’article.

Les retours d’expériences de 21 entreprises et 4 collectivités qui se sont autoévaluées, montrent bien que la dépendance de l’entreprise vis à vis de la biodiversité n’est pas une fiction et confirme que le monde vivant conditionne les activités économiques. Ces deux analyses, une exploratoire (dont les résultats figurent en annexe) et une ayant une légitimité de terrain plus élevée, montrent que la biodiversité a un impact sur la production des plus grandes entreprises, comme des plus petites.

Au delà d’un aspect purement théorique de la dépendance de l’entreprise vis-à-vis de la biodiversité, les résultats du groupe de travail IFB-Orée montrent donc bien que les entreprises vivent de la biodiversité davantage qu’elles ne l’affectent. Il y a de quoi les faire réfléchir puisqu’il n’est alors même plus question de limiter son impact négatif sur la biodiversité pour des raisons éthiques, mais bel est bien d’avoir des actions proactives pour la sauvegarde de la biodiversité pour des raisons économiques. Une telle dépendance amène à concevoir la biodiversité non plus comme un coût externe lié aux politiques de RSE à des seules fins de communication, mais à un coût direct à prendre en compte dans le processus classique de production.

La question qui se pose est de savoir comment comptabiliser la biodiversité dans sa stratégie et ses actions. Avant de voir cela dans une troisième partie, penchons nous sur l’impact économique que pourrait avoir la prise de mesures en faveur de la biodiversité.

Encadré : Liste des critères d’évaluation de la dépendance à la biodiversité

Réf: Houdet, J. (2008). Intégrer la biodiversité dans les stratégies des entreprises – La bilan biodiversité des organisations. Ecole Doctorale ABIES, AgroParisTech. Orée.
Pour obtenir l’étude complète de l’association l’Orée dont il est fait référence ici:
http://www.oree.org/7priorites/biodiversite-economie/guide-biodiversite-entreprises.html

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